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La commission Emmaüs vient de produire : Les Actes d'Emmaus un dossier très intéressant qui est dans la foulée des documents déjà publiés du nom de: ''Témoins d'une naissance''
Nous publions ici des extraits mais vous pouvez télécharger les Actes en format pdf ICI
Publication autorisée par les responsables à la demande d'Yvonne Bergeron que nous remercions.
QUELQUE CHOSE DE NEUF QUI SE PRÉPARE
À l’initiative des Journées sociales du Québec, différents groupes de la région de Montréal se sont réunis pour préparer ce que nous avons nommé la Commission Emmaüs.
Pourquoi ce nom ? Il se veut un clin d’œil aux disciples qui retournaient vers leur village, désillusionnés après la disparition de celui en qui ils avaient mis de grands espoirs. L’inconnu qui les rejoignit leur permit de réaliser une relecture de leur expérience. Bouleversés par leur expérience, ils invitèrent l’étranger à partager leur repas. Ils allèrent ensuite raconter leurs découvertes à leurs amis de Jérusalem. (Luc, 24, 13-35).
Plusieurs parmi nous sont désabusés devant l’abandon des promesses du dernier concile et la tendance de plusieurs responsables a se réfugier dans le cénacle. La chose n’est pas tellement différente de ce qui se passe dans la société où, malgré les crises qui la traversent, on semble se satisfaire des solutions d’hier et s’étourdir dans le monde du spectacle.
Nous croyons plutôt qu’il se prépare quelque chose de neuf et que ce quelque chose affleure dans plusieurs de nos efforts. C’est pourquoi nous proposons de relire ensemble nos expériences d’engagement social et communautaire, tissées avec beaucoup d’autres personnes, et d’y discerner les convictions majeures qui ont germé au hasard du chemin parcouru. Elles nous apparaissent lourdes de promesses pour l’avenir qui s’ouvre.
Guy Paiement
Les groupes suivants ont participé à la préparation de la rencontre de la Commission Emmaüs :
le Centre Justice et Foi
le Centre culturel chrétien de Montréal
le Centre Saint-Pierre
le Réseau Culture et Foi
le Forum André-Naud
le Groupe de théologie contextuelle
la communauté Chrétiens et Chrétiennes dans la cité
l’Entraide missionnaire
le journal électronique Sentiers de Foi
des bénévoles en solidarité internationale de Développement et Paix
les Journées sociales du Québec
La Commission Emmaüs
Pour une journée de discernement communautaire
En général, les chrétiens et les chrétiennes engagés socialement n’éprouvent aucune ambivalence quant aux rôles qu’ils et elles entendent jouer dans la société québécoise. Les options sont claires et nettement définies. Ainsi, lorsque nous parlons de solidarité citoyenne, la première chose que nous nous demandons c’est, d’abord et avant tout, de quel monde on parle… Or, lorsque en tant que communauté de foi, on se demande de quel Dieu on parle… on hésite, on bafouille, on recule et on déclare trop souvent que de toute façon, ça reste inutile et fait perdre notre temps.
Il est vrai, de nos jours, on se sert de Dieu pour tout et pour rien… pour combattre la guerre ou la déclarer… pour mousser un parti politique ou s’y engager… pour consolider certaines idéologies et en contrer d’autres… Bref, même si l’idéal serait de nous occuper activement de nos affaires humaines et de laisser Dieu être Dieu, il n’est plus possible aujourd’hui, qu’en tant que chrétiens et chrétiennes, nous ne nous en mêlions pas au moins un peu. Car plus que jamais, Dieu, la religion, la spiritualité se retrouvent non pas à la périphérie du social mais en son centre même, au beau milieu des enjeux contemporains les plus impérieux… et cela malgré tout nos beaux discours sur la sécularité, la laïcité, l’autonomie du monde moderne…
Avoir quelque chose à dire là-dessus, intelligemment, correctement, civilement, ne relève-t-il pas aussi de nous, engagés sociaux chrétiens ? C’est ce qu’ont pensé différents groupes de la région de Montréal qui, dans une première initiative ont déjà réfléchi, colligé et publié leurs expériences et leurs avis autour de l’Eucharistie et de l’avenir de l’Église note[1]. Dans cette foulée dynamisée par les milieux d’engagement, les Journées Sociales du Québec ont décidé d’accrocher un autre maillon à la chaîne en mettant sur pied ce que les groupes participants ont appelé La Commission Emmaüs. C’est elle qui invite aujourd’hui à cette rencontre de discernement communautaire.
Les interrogations qu’elle soumettront à notre réflexion et surtout à l’introspection de nos actions quotidiennes demeurent délicates et laborieuses mais incontournables : Quel est donc notre Dieu/e ? Quelles complicités avons-nous réellement avec lui ou elle ? Où et comment se faufile son Esprit ? … Ce pourrait-il que de belles nouveautés soient en train de surgir à même nos engagements ? Notre foi est peut-être silencieuse mais également forte, déterminée et profonde. Pourquoi refuserions-nous de croire qu’elle puisse produire des petites résurrections ?... Croyons-nous important de s’habiliter au discernement communautaire ?...
Ce difficile travail d’intériorisation s’apparente à ce qu’ont dû vivre les disciples d’Emmaüs, lorsque, abasourdis par les derniers événements, ils s’en retournent dans leur village, le cœur en écharpe, confus, désillusionnés, démobilisés après que leur leader, celui avec qui ils espéraient bâtir un autre monde, se soit fait lâchement exécuté. Ils revenaient chez eux, la tête basse, en se demandant à quoi bon ressasser son message… les temps ne s’y prêtent plus. Combien de nous, aujourd’hui, ne ressentent pas une pareille déception, une pareille fatigue, un semblable goût de se taire et de tenir désormais un profil bas ?
L’équipe qui a organisé cette journée croit pour sa part que notre désabusement ou l’activisme dans lequel nous nous lançons trop souvent, ne constituent pas un pari à la hauteur de notre foi chrétienne. Elle propose plutôt, comme lors de cette fameuse journée à Emmaüs, de prendre une grande marche avec l’Étranger qui nous accompagne, sans qu’on le remarque, sans qu’on l’entende vraiment, sans qu’on comprenne ce qu’il cherche à nous expliquer quant aux fruits qui surgissent de notre propre expérience, tellement on est pris dans nos activités. Ce n’est que le soir venu, au moment où enfin ils ont décidé de se calmer autour d’un bon repas avec lui, Jésus, que les disciples ont compris, pris avec eux, discerné, enfin, ce qui était invisible à leurs yeux de marcheurs fébriles… et ce qu’ils ont vécu alors a changé toute leur vie… la désespérance pouvait aller se rhabiller… ailleurs !
Cette journée aura le profit d’une conviction partagée entre nous : la vérité de l’Écriture n’est jamais donnée toute faite. Elle s’accomplit dans l’acte de lecture toujours recommencé. C’est la rencontre de l’expérience profane et de l’expérience évangélique qui provoque, si elle est inspirée par un engagement réel, une véritable ressaisie de la Bonne Nouvelle. On le sait, l’Évangile ne se retrouve pas dans le livre ou dans la simple lecture de ce livre; elle vit, ici et maintenant, dans nos vies concrètes, à défaut de quoi, elle demeure simple récit historique… un beau récit, certes, mais enfoui dans le passé. Il est impératif que des situations contemporaines, des problèmes actuels, des appels de sens issus de nos pratiques posent de nouvelles questions aux textes; ceux-ci risquent alors de se mettre à parler québécois, ouvriers, jeunes, femmes, immigrants, tiers monde.
Lise Baroni Dansereau
animatrice de la journée du 28 novembre 2009
1. Témoins d’une naissance. Vingt textes portant sur une autre manière
de voir l’Eucharistie et l’avenir de l’Église, Presses de la CSN, mai 2008.
RAPPORT DES TROIS COMMISSAIRES
1- Intervention de la commissaire Élisabeth Garant *
Je tiens d’abord à souligner qu’il est significatif que nous soyons si nombreux et que nous ayons accepté de consacrer toute une journée à ce discernement collectif. Je suis persuadé que nous sommes à un moment charnière de notre engagement comme chrétien et chrétienne mais aussi de la vie de nos organisations ou communautés. Le contexte de l’Église et de la société dans laquelle nous sommes nous invite à relire nos expériences passées et actuelles pour essayer de mieux comprendre l’Église et la société que nous construisons.
C’est un difficile processus que celui du discernement qu’il nous faut apprendre à faire. C’est un exercice auquel nous ne sommes pas habitués. Il nous oblige à changer de posture. Il nous faut sortir de certaines de nos habitudes qui prennent beaucoup de place et d’énergie dans nos rencontres, celle de critiquer l’institution hiérarchique pour être attentif à ce (que) qui est en train de naître de nos pratiques; sortir du partage de ce que nous faisons pour partager ce qui nous anime dans l’engagement que nous vivons. Il nous faut nous écouter de façon nouvelle mais aussi écouter le monde pour mieux saisir ce qui émerge.
La démarche par ateliers thématiques était un peu compliquée car nous ne voulions pas approfondir des thématiques mais prendre appui sur des lieux d’engagement que nous avons pour voir comment cela influence l’Église que nous sommes en train de construire et la foi qui nous anime. Il y a entre ces thèmes beaucoup d’interdépendance à laquelle il faut être attentif tout en se laissant interpeller par le spécifique que peut mettre en lumière l’un ou l’autre des ateliers. Il est intéressant d’observer que ce sont les thèmes de la recherche d’une pensée libre et créatrice ainsi que les nouveaux types de rassemblements chrétiens qui ont été les plus mobilisateurs. (Et Marco ajoute dans son intervention que l’environnement et le monde de la culture sont des lieux où nous sommes peu nombreux à être présents). Cela nous parle aussi de nous, de nos priorités mais de nos angles morts.
Dans nos échanges, il me semble que nous avons dit ce en quoi nous croyions :
o L’importance de faire avec un autre ou avec des autres. Dans un monde où on observe la primauté forte de l’individu, nous croyons au collectif.
o Dans un monde de performance, nous disons que nous croyons au fait de cheminer avec même si cela veut dire un lent accompagnement.
o Dans un monde d’autosuffisance, nous reconnaissons notre besoin de l’autre.
o Dans un monde où l’élite est valorisée, nous faisons le pari de lire le monde à partir de la base, des plus faibles, des appauvris.
o Dans une tradition religieuse qui a institué l’inégalité homme-femme, nous croyons que l’expérience des femmes, leur apport en toute égalité est une clef essentielle pour ouvrir l’avenir.
o Dans un monde de la pensée unique et de la crainte de l’autre, nous croyons que le différent nous permet de continuer à croire mieux et à nous engager davantage.
Dans le récit d’Emmaüs, le moment important est l’échange qui s’installe en relisant l’Écriture et en essayant de comprendre à partir de ce que les disciples venaient de vivre. L’Évangile est aussi au cœur de nos convictions de même que ces pages d’évangile qui continuent encore aujourd’hui à s’écrire.
Il nous faut vivre un passage dans notre réflexion sur l’institution. Nous souffrons des refus exprimés par l’Église hiérarchique et cela nous a empêché jusqu’à maintenant de réfléchir avec sérénité aux formes d’institutions dont nous avons besoin pour continuer. Mais nous tenons à réaffirmer que nous appartenons à cette grande tradition chrétienne. Pourtant, il ne peut y avoir d’avenir à nos engagements, s’il n’y a plus aucune forme d’institution, d’inscription dans la tradition dont nous nous réclamons. Quelles sont celles qui existent et dans lesquelles nous nous reconnaissons? Quelles sont celles que nous devons nous donner?
Nous sommes nombreux dans l’assemblée. Mais nous devons reconnaître que nous sommes presque tous et toutes, à quelques exceptions près, de la même génération. Les plus jeunes ne sont pas présents dans nos lieux. Et pour les rejoindre, nous ne pouvons pas prendre pour acquis que notre façon de nous engagés a du sens pour eux. Ils ont de plus en plus besoin de nous entendre dire le pourquoi de ce que nous vivons. Nous avons le défi de trouver le langage et la pertinence pour eux et pour le monde de ce qui nous anime.
Je termine avec trois questions que je vous propose pour la suite de notre discernement. Pour continuer notre engagement et pour ouvrir l’avenir :
o Que devons-nous laisser tomber?
o Que devons-nous renforcer?
o De quelles ressources et de quelles formes de ressourcement avons-nous besoin?
* Directrice du Centre Justice et Foi
2-Intervention du commissaire Joseph Giguère*
J'aimerais tout d'abord dire un peu le ravissement que je ressens d'avoir été appelé à intervenir comme témoin et observateur privilégié dans ce rassemblement convoqué dans l'esprit de ce qui s'est passé sur le chemin d'Emmaüs il y a deux mille ans. Permettez-moi également de souligner à mon tour le caractère profondément inspirant de cette évocation et la lumière d'espérance dont elle est porteuse. La perspective de revisiter nos engagements et nos luttes avec la pensée de nous retrouver au milieu d'une belle aventure comme celle de ces disciples découragés qui alors qu'ils croyaient que tout était fini ont rencontré sur leur chemin l'étranger que l'on sait et qui ont senti leur cœur devenir brûlants quand celui-ci retraçait le sens de leur histoire, constituait pour moi une invitation qui avait quelque chose d'irrésistible.
Un avant-midi, c'est court et je n'ai malheureusement pas pu aller dans beaucoup d'ateliers. Toutefois, les propos de l'atelier « capital et travail » où je me suis attardé un peu plus me sont apparus assez représentatifs de la trame de la démarche globale de notre journée d'aujourd'hui. Sans doute en raison du contexte de crise économique et de la situation contrastée des rapports entre le capital et le travail, l'axe rupture et transformation sociale, qui traverse globalement l'ensemble de nos combats sur les différents fronts représentés aujourd'hui, m'a semblé ressortir avec un relief particulièrement prononcé dans cet atelier.
L'intervention de Guy Paiement, présent dans l'atelier mentionné, m'a fourni en quelque sorte la ligne éditoriale d'une bonne partie de mon commentaire de maintenant. Sur fond d'un échange faisant abondamment état des manifestations de la situation de crise actuelle et ponctué par des affirmations réitérées sur la nécessité de sortir du capitalisme, Guy Paiement a campé le contexte, à la lumière de l'Évangile et de la mission des chrétiens dans la monde, en termes de cassure et d'affrontement entre l'ancien et le nouveau. Il a rappelé que Jésus est venu dire: « ce monde-là est fini; l'avenir est désormais ouvert ». Signalant qu'avec Constantin l'Église avait perdu cette perspective eschatologique, il souligna qu'aujourd'hui on redevient plus conscient que ce monde est fini même si, à grand renfort de moyens, on essaie par différentes façons de le maintenir. Un autre monde est en marche, ponctua-t-il, tissé de toutes sortes de nationalités et se profilant dans un horizon ouvert sur une autre économie.
« Un monde finit ». Affirmer cela n'est ni du catastrophisme, ni du prophétisme de fiction, mais procède d'une observation lucide et sans complaisance du monde de notre temps à travers les revendications de la dignité humaine.
Il y a 20 ans, l'ouverture et la destruction du mur de Berlin, sous les yeux ébahis du monde entier, marquait la fin du communisme. C'était alors une sorte de moment absolu pour le capitalisme, dont la supériorité était ainsi consacrée, ses plus fervents adeptes n'hésitant pas à affirmer l'impossibilité historique de construire un système qui lui soit supérieur. Ces derniers étaient loin de soupçonner que 20 plus tard, celui-ci allait se retrouver aux soins intensifs et que pour plusieurs sa survivance même serait décomptée. Finalement il a survécu, mais artificiellement comme on l'a vu, avec l'assistance des États du monde et grâce à un gavage prolongé à même l'argent public. Il continue à fonctionner mécaniquement, mais le lien de confiance est complètement effrité.
L'incapacité de prendre acte de la fin de l'ancien monde et tous les efforts déployés pour lui permettre de continuer à occuper la place créent un encombrement qui bloque tout avenir. Les dirigeants n'arrivent plus à projeter de vision rassembleuse, les stratégies de développement sont en panne, les modèles ne fonctionnent plus. Symboliquement le monde est désenchanté. Les discours sonnent creux On parle de relance économique par la stimulation de la consommation pendant que le monde s'appauvrit. Même les moins informés soupçonnent que la dette accumulée par les États pour sauver le système financier sera payée par des coupures sur le dos des plus pauvres. Au-delà des sondages d'humeur et des mesures superficielles de la confiance et de la morosité, les analystes financiers, même les plus futés, sont incapables de parler sérieusement d'avenir économique. Récemment, au conseil d'administration de Fondaction, j'entendais des conseillers financiers, particulièrement avertis, dire que sur les séquelles de la crise il était bien difficile de faire de la prospective au- delà de 2010, car personne ne sait vraiment où ça s'en va.
Quand on se resitue dans la tradition sociale de l'Église, on se retrouve devant une conception du développement humain qui permet de prendre souvent une mesure plus fine et plus adéquate des systèmes et modèles de développement qu'on nous propose. Sans faire de prophétisme posthume et d'applications grossières, on peut dire que l'effondrement du communisme et le cul-de-sac actuel du capitalisme étaient d'une certaine manière déjà annoncés dans Rerum Novarum, en 1891.
En reprenant l'historique triptyque de la révolution démocratique « liberté, égalité, fraternité », il serait temps, devant l'échec d'une liberté sans égalité et d'une égalité sans liberté, de déclarer l'avenir ouvert sur une stratégie de fraternité. Ce monde nouveau nous n'avons pas à l'inventer, il est déjà en marche, en mouvance sous nos pieds, il se dessine à l'horizon avec tous ces nouveaux paradigmes de développement étroitement liés au bien commun, au respect de la terre, à l'ouverture planétaire et basés sur la fraternité, la gratuité, le don. Pensons au déploiement de l'économie sociale, solidaire, coopérative, mutuelle, au commerce équitable, au développement durable et à la mobilisation altermondialiste de la jeunesse.
Le pape Benoît XVI lui-même, avec sa récente encyclique Caritas in veritate, saisit en quelque sorte l’occasion de la crise pour convoquer au dépassement du monde présent et de ses modèles dominants de développement et appeler à la mise en place d'un monde nouveau avec des modèles économiques et sociaux de développement ayant comme dominante le thème de l'amour sous différentes modulations: don, gratuité, réciprocité, fraternité, solidarité, amitié, socialité, communion, etc.
Avant de conclure, je voudrais, mais très brièvement, apporter quelques observations concernant ce que j'ai perçu dans un autre atelier où j'ai pu passer un peu de temps, à savoir celui ayant comme thème la paix.
J'ai aimé la profondeur des propos entendus dans cet atelier, mais en même temps je suis resté un peu sur ma faim.
J'ai surtout compris que la paix était un thème complexe pouvant être abordé à différents niveaux, depuis différents angles et dans différentes dimensions. On peut parler de la paix dans le monde, dans un pays, dans une organisation, dans une famille, dans une personne. On peut en parler en termes d'attitude personnelle, de savoir être, de non violence, de droit, de respect, de valeurs et de culture, d'agir citoyen, de politique nationale.
Dans l'atelier, pendant le temps que j'y ai été, on a réfléchi sur la paix en tant qu'attitude des personnes, en tant que cheminement, que démarche, que prise de conscience personnelle de ses droits et de ceux des autres ; on en a parlé en termes de façon de penser, de philosophie, de conditions sociales à mettre en place pour qu'elle existe, en terme de « pouvoir autrement », etc. C'était d'une grande richesse.
Ce qui a fait, par ailleurs, que je suis resté sur ma faim et dont je fais mon principal commentaire, c'est la constatation que la conjoncture politique de notre pays et du monde, très violente et très guerrière, a été très peu présente dans ces discussions.
Dans un monde fumant de guerres et de conflits de toutes sortes, objet d'une polarisation ouverte et larvée, aux prises avec le terrorisme, les attentats suicides, le fondamentalisme religieux, où il y l'Irak et l'Afghanistan ; avec un gouvernement va-t-en guerre comme le nôtre et qui semble incapable de concevoir d'autres modes de résolution des conflits que la guerre et la répression ; sur une planète politique où on n'aperçoit aucune stratégie sérieuse de dépassement de la haine, ne doit-on pas attendre des chrétiens des scénarios un peu prophétiques de réponse à cette violence et cette haine ? Compte tenu de l'inspiration que nous fournit l'Évangile sur la conception de l'être humain et de l'humanité dans son ensemble, ne devrions-nous pas être au premier rang de la résistance à toutes les guerres et des artisans actifs dans l'édification d'un monde de paix, depuis l'engagement pour faire advenir le développement et la justice aux niveau local et à tous les autres paliers jusqu'à la construction d'un gouvernement mondial véritablement capable d'arbitrer la justice, l'égalité et l'équité pour toute l'humanité ?
Et je conclus cette brève intervention sur quatre petites lignes, parodiant le refrain d'une chanson de Vigneault :
« Un monde finit
Un monde commence
J'ai tout compris je pense
Je choisis la fraternité ».
* Coopérateur
3-Retrouver le chemin des tiers Marco Veilleux *
Lise Baroni Dansereau, animatrice de cette commission Emmaüs, a mentionné, dès l’ouverture de nos travaux, que « nous étions les sujets de la journée ».
J’ai donc été attentif à nous regarder... En circulant dans quelques-uns des ateliers, j’ai tenté de nous observer. J’y ai perçu – pour reprendre le langage de saint Ignace – certains éléments de « consolation » et, également, certains éléments de « désolation »…
Quelles sont nos pratiques?
Dans l’atelier intitulé « Marcher avec les personnes exclues », j’ai vu d’authentiques citoyens et citoyennes. Des femmes et des hommes porteurs, ensemble, d’une extraordinaire expertise humaine, sociale, politique, économique, spirituelle, philosophique et théologique… Mais ce qui était le plus fascinant, c’était de voir que tous, dans cet atelier, étaient insérés dans des pratiques de solidarité concrètes avec des « tiers » (pauvres, exclus, personnes handicapées, femmes en difficulté, assistés sociaux, marginaux de toute nature, populations du Sud, etc.). J’avais, actualisés sous mes yeux, Matthieu 25 et la parabole du Bon Samaritain!
À cause de cela, ma visite dans cet atelier m’a apporté beaucoup de consolation. Ce groupe n’était pas enfermé dans un discours de plainte, de « chialage » stérile ou de désolation – comme c’est trop souvent le cas dans nos rassemblements de « croyants progressistes ». Non pas que ces gens étaient sans regard critique sur l’Église et sur la société – bien au contraire! Mais leur critique n’était pas faite à partir d’une position purement idéologique ou émotive (qui peut souvent s’avérer assez « bourgeoise »). Elle était plutôt faite à partir d’une pratique signifiante : prendre le risque de marcher avec des personnes exclues. Ces tiers qui dévoilent les insuffisances du système; ces tiers qui dévoilent le Christ « pauvre parmi les pauvres ».
Cela change tout ! En effet, parler et agir « avec » et « à partir » des pauvres est porteur de vie – malgré toutes les souffrances et les difficultés rencontrées sur ce chemin. Un critère de discernement s’impose ici : sur quelles pratiques concrètes de solidarité avec les pauvres s’appuient nos requêtes et nos discours?
L’urgence écologique
Dans l’atelier sur « Les multiples défis de l’environnement », j’ai été désolé de constater qu’il n’y avait que six personnes (sur 120 participants à notre commission). Où sont les chrétiens de nos réseaux, où est notre Église sur cet enjeu ?
La question environnementale fait émerger du « neuf ». Elle génère une conscience planétaire qui englobe et dépasse les clivages entre le Nord et le Sud, entre les riches et les pauvres, entre la transcendance et l’immanence. Les moins de 40 ans sont particulièrement préoccupés (et souvent angoissés) par l’avenir de la planète.
Or, ces moins de 40 ans étaient l’infime minorité dans cette Commission Emmaüs : pourquoi ? Parce que les « jeunes » sont ailleurs. Ils se posent vraisemblablement d’autres types de questions que celles que nous nous sommes posées dans ce rassemblement et que nous nous posons dans nos réseaux. Pour le dire de façon abrupte, ils ne sont pas tellement indignés par les positions morales, dogmatiques ou disciplinaires du Vatican : ils les ignorent largement ou s’en fichent royalement! Ce qui les mobilise, par contre (et, parfois, aussi, les paralyse), c’est l’angoisse face à une crise écologique qui représente, pour eux, la métaphore d’un monde et d’un avenir qui craquent de toutes parts…
Si nous n’arrivons pas à mieux articuler notre foi et notre analyse sociale avec cette préoccupation écologique dans des discours mais, surtout, dans des pratiques prophétiques et des engagements concrets, nous passerons à côté de la réalité actuelle des jeunes… Et nous allons mourir en tant que « mouvance progressiste » dans l’Église du Québec ! Mourir enfermés dans nos questions qui sont largement des questions d’hier, mais de moins en moins des questions d’aujourd’hui et de demain…
Le douloureux rapport à l’institution
J’ai malheureusement beaucoup entendu de ces « questions d’hier » dans mes visites de l’atelier sur « La recherche d’une pensée libre et créatrice » de même que dans celui sur « Les nouveaux types de rassemblements chrétiens ».
Il y avait pourtant, dans ces ateliers, une quantité impressionnante de gens fort intelligents, porteurs de recherches admirables et d’engagements authentiques. Je crois toutefois que, par habitude ou par enfermement dans des blessures ecclésiales qui n’en finissent plus de se répéter et de ne pas guérir, on s’emprisonne dans la désolation. Comment en sortir ? Comment dépasser un rapport à l’institution qui ne soit que mortifère ? Comment retrouver la dimension « instituante » de l’institution ?
Le récit d’Emmaüs peut-il nous aider à sortir de cette impasse ? C’est la gageure que nous avons faite en nous réunissant pour cette commission. Cela me console.
Le récit d’Emmaüs est un récit on ne peut plus « institutionnel » : nous le recevons par l’entremise d’un corpus biblique institué et transmis par une institution ecclésiale. Mais, plus encore, c’est un récit « instituant ». Il nous parle, en effet, de disciples qui sont institués par le Christ comme des envoyés pour sa mission – à travers le geste de relire les Écritures et de partager le pain. Quelque chose de neuf se crée dans cette écoute de la Parole et dans ce geste de partage. Ce qui est consolant dans le récit d’Emmaüs, c’est qu’à travers lui, les disciples sortent de l’impasse et retrouvent une voie pour reprendre le chemin, pour retrouver leur encrage dans la vie et pour aller vers des tiers.
Voilà un autre critère de discernement : nos critiques de l’institution ecclésiale s’élèvent-elles à hauteur évangélique, à hauteur de ce récit d’Emmaüs ? Autrement dit : est-ce que nos critiques ont pour finalité de rappeler que la mission de toute institution, c’est de prendre soin de la vie, c’est de protéger les « tiers » ? Si oui, nous sommes fidèles à l’Évangile. Sinon, nous risquons de nous enfermer dans le délire.
Car, ne l’oublions pas, lorsque les institutions s’effondrent dans une société, c’est le règne de la barbarie – l’histoire nous l’a malheureusement trop enseigné. Ce qu’il faut, donc, ce n’est pas « moins d’institution » mais bien plutôt « mieux d’institution ». C’est-à-dire une institution qui soit vraiment là, au bord de la route, à la frontière du social et de l’ecclésial, pour prendre soin du blessé et du souffrant qui gît, abandonné, « entre Jérusalem et Jéricho » (Luc 10, 30). Ce blessé et ce souffrant, c’est la figure du pauvre, de l’exclu, de l’exploité… et, aujourd’hui, c’est même la figure de notre planète Terre.
Comme le disait si bien le concile Vatican II : « L’Église reconnaît dans les pauvres et en ceux [et celles] qui souffrent l’image de son Fondateur pauvre et souffrant; elle s’emploie à soulager leur détresse et veut servir le Christ en eux » (Lumen Gentium, no 8).
Reprendre la route
Nous voilà conviés à reprendre la route, nous aussi, comme les disciples d’Emmaüs. À sortir, comme eux, de nos impasses et de nos logiques de mort. Nous voilà envoyés au bord du chemin, là où le prêtre et le lévite passent sans s’arrêter. Comme le Bon Samaritain, il ne nous reste plus qu’à renouveler nos pratiques concrètes de solidarité… Sinon, nous allons tous mourir dans notre « ronron », dans notre « chialage » et notre désespoir de « chrétiens progressistes »… ce qui n’est pas une posture très stimulante et invitante. « Vous avez l’air si triste! » (Luc 24, 17).
Dans cette commission, nous avons tous été prêts à nous indigner : c’est de l’ordre de l’émotion. Nous avons tous été prêts à revendiquer des grands principes : c’est de l’ordre de l’idéologie. Mais entre l’affectif et les idées, le défi restera toujours d’incarner notre foi dans des pratiques ternaires. Comme l’écrivait judicieusement Jacques Grand’Maison :
« Dieu se présente comme le tiers qui ouvre sur des horizons sans cesse renouvelés. [...] Il s’agit bien ici d’une transcendance tierce. La foi chrétienne porte sur une expérience trinitaire de Dieu, de l’humanité, de la pratique historique. L’Esprit est ce tiers qui dévoile le rapport entre Dieu et Jésus, qui rouvre le chemin entre les êtres divisés entre eux et en eux-mêmes, entre l’humanité et sa terre. [...] la pratique sociale de Jésus est de type ternaire. Il pointe l’exclu des rapports de force, de pouvoir ou d’intérêt, comme le tiers révélateur dont le sort est le test de l’humanité de toute société, de toute politique, de toute pratique sociale. [...] L’Esprit en christianisme passe par des tiers bien concrets [...] » (Les tiers, tome I : «Analyse de situation», Fides, 1986, p. 149-150).
* Délégué à l’apostolat social pour la Province jésuite du Canada français et chargé de projet au Centre justice et foi
PLÉNIÈRE DU MATIN
Les dix ateliers présentent à tour de rôle quelques convictions qui sont ressorties de l’échange en ateliers le matin.
Atelier #1 : La diversité religieuse et culturelle
Espérance. La petite lueur d’espoir qui nous permet d’avancer. Cela peut venir des personnes qui partagent la même foi mais aussi de ceux qui ont d’autres fois dont celle dans l’humain. Une vision du Jésus non intégriste et libérateur Dieu est celui de tous les humains. La différence est un enrichissement de notre découverte de Dieu. De la parole à l’action publique. Il ne s’agit pas seulement de prendre la parole entre nous mais de sortir dans le public et de joindre l’action à la parole.
Atelier #2 : Le monde de l’économie, de la finance et de l’endettement
Le capital et le travail. La détérioration des conditions de travail. Qu’est-ce qui nous permet de rester debout malgré tout? L’indignation comme source de motivation Il faut partir de la réalité des gens.
Atelier #3 : Les multiples défis de l’environnement
Il y a une interrelation entre l’humain, la terre, la ville et la nature. Une interrelation entre les humains Cohérence, justice et solidarité. Une relecture de l’Évangile. Aller au-delà pour trouver des valeurs qu’on ne trouve pas toujours d’emblée.
Atelier #4 : La recherche d’une pensée libre et créatrice
On est conscient que la liberté nous mène sur un chemin dont l’issue est imprévisible. Appartenance à la lignée des croyants. Vivre en cohérence avec la parole de Dieu
Atelier #5 : Les liens entre les solidarités locales et internationales
Importance d’être en réseau (groupes locaux, internationaux, personnes), d’agir ensemble, d’avoir des alliés. Respect du cheminement de l’autre. Avoir foi en l’autre. Capacité de s’indigner. Importance de se questionner sur le développement, de le voir autrement. Faire son possible, vivre en paix et être en cohérence au quotidien. L’importance de faire de la place aux jeunes.
Atelier #6 : Les nouveaux types de rassemblements chrétiens
La situation actuelle de crise (Église et le monde) est une chance pour faire du neuf. Tout craque mais l’avenir est dans les fissures. C’est la chance de créer de nouvelles communautés pour redécouvrir le Jésus historique, un Jésus qui a livré un message de libération. Faire un modèle fondé sur la justice, la liberté et la solidarité.
Atelier #7 : Marcher avec les personnes exclues
Tout le monde est important. Marcher avec. Est-ce qu’on va s’habitué à la misère? Non! Il y a une force dans ce refus. Parce qu’on est concrètement solidaire
Atelier #8 : La promotion de la paix
Ce qui nous lie : le fruit de nos cheminements, la relecture de nos conflits internes. Il faut d’autres acteurs que les gouvernements pour promouvoir la paix. Quel pouvoir politique? Des pistes nouvelles : Faire circuler la bonne nouvelle, petits pas au quotidien, profiter des signes et des ouvertures pour évoquer la paix.
Atelier #9 : Les défis anciens et nouveaux des femmes
Ce qui nous inspire c’est l’Évangile et la tradition qui est vivante, qui nous donne l’énergie de faire du neuf. Ce qui nous rebute et que nous refusons, c’est une Église qui exclue. Les femmes contribuent à faire durer l’institution mais aussi à construire autre chose. La liberté fort exigeante mais souvent en souffrance.
Atelier #10 : Le monde du travail, la famille et la transmission de la foi
L’Évangile continue de s’écrire. Humaniser les personnes et la société. Notre adhésion à la liberté est fondamentale.
PLÉNIÈRE DE L’APRÈS-MIDI
Lise Baroni ouvre la deuxième plénière en rappelant que l’échange vise à nous aider à pressentir les voies d’avenir, discerner le neuf qui est en train d’advenir, préciser les éléments du discernement et identifier les convictions porteuses d’avenir. La parole est prise librement par les participantes et participantes pour exprimer leur réflexion personnelle ou pour reprendre un élément marquant du deuxième échange en ateliers.
Nous avons une décision concrète à prendre : avons-nous besoin d’un comité qui assure le suivi de la Commission?
Nous retrouver comme aujourd’hui nous aide à garder l’espérance. Pourquoi une seule fois par année? Comment prôner une communauté plus large pour soutenir les plus petites.
On constate actuellement le choc de deux catholicismes. Nous devons garder le moyen de nous reconnaître (ceux et celles qui portent la forme de catholicisme que l’on retrouve dans cette salle) sur le terrain.
Nous avons encore à clarifier le projet que nous poursuivons les uns les autres.
Dans les nouvelles communautés, on note une préoccupation importante pour la relation humaine : écoute, partage de la parole, accompagnement.
Nous devons apprendre à faire ce discernement avec d’autres, pas seulement entre nous, et particulièrement avec les plus jeunes. Une piste peut-être un discernement avec les jeunes à partir de la question de l’environnement.
Nous devons avoir le souci d’un partage collectif autour de l’Évangile qui soit plus explicite.
Quelqu’un rappelle une citation de Pablo Richard : « Nous sommes de la même Église, mais pas du même projet ». Il serait important de nommer ce projet dans nos partages d’Évangile.
Nous avons besoin de renforcer le réseau que nous sommes par un outil du type de Parvis en Europe.
Deux sentiments sont à utiliser : indignation face au monde et séduction (conséquences affectives, sociales, économiques de notre choix de Jésus. Il faut être des communautés passionnées.
Faire la grève de la messe et célébrer le mémorial dans nos petites communautés, sans exclusion, avec ou sans prêtre.
Ne pas craindre de rappeler le message d’humanisation de Jésus. Source d’indignation perpétuelle devant les méfaits du capital. Nous réunir pour renforcer notre indignation.
Utiliser les moyens de communication moderne pour diffuser nos convictions (internet). Ces moyens existent comme le journal électronique Sentiers de foi et le site du réseau Culture et foi. Les utilisons-nous suffisamment?
Nous sommes des missionnaires du projet social de transformation (dans une perspective évangélique). Il semble avoir deux voies : celle d’accentuer cette perspective et l’autre qui est celle de continuer d’annoncer l’Évangile par la parole.
Je ne suis pas certain que le projet de transformation sociale parle de Jésus ou annonce l’évangile. Il faut que quelqu’un lui en parle. Notre engagement n’est pas suffisant. Par exemple, il n’est pas toujours possible pour les plus jeunes générations de comprendre que l’analyse et les positions mises de l’avant par la revue Relations reposent sur une lecture et une actualisation du message subversif de l’Évangile.
Il faut aussi dire ce qui nous anime et ce qui nous semble pertinent. Quel projet d’Église? Une réflexion à poursuivre.
Ce qui peut se dégager de neuf : penser à un projet d’Église? Nous mettre en réseau de façon plus structurée suppose plus de coopération entre les organismes chrétiens comme le Centre St-Pierre, le CJF, le CPRF, le réseau Culture et foi, etc.
Dans le récit d’Emmaüs, l’accent est mis sur la route. Le défi pour un groupe comme le nôtre : reprendre la route pour refaire la communion dans nos petits groupes.
Il faut aller écouter ailleurs que dans nos réseaux ce qui anime les gens pour y reconnaître une parole et une présence de Jésus. On n’a pas à mettre des mots et baptiser cela.
L’écoute est un premier temps primordial. Mais c’est la moitié du chemin. Nous avons-nous aussi à savoir dire ce qui nous anime.
François d’Assise a su dire pour son époque un sens de la crise qui se passait. Dans la crise actuelle, il faut trouver une façon chrétienne de vivre. Par exemple, face à la crise écologique, de quelle cohérence témoignons-nous ?
En humanité, on a toujours des références et des motivations. Pourquoi les refuser aux autres. Le néolibéralisme veut justement qu’on soit sans référence pour être disponibles et malléables. Dire nos références peut inciter les autres à dire les leurs et à entrer en dialogue. S’expliquer fait partie de la construction collective.
Saint Augustin disait : « Donner du pain et un toit pour que les gens puissent entendre la parole. »
Nous sommes en temps de guerre. Il faut organiser une résistance dans lequel il y a du sens. Il nous faut des lieux de sens où on peut se rassembler et retrouver du souffle, des lieux-phares où on se réunit régulièrement.
Mot de la fin des commissaires :
Réfléchir à savoir quels sont les lieux (communautés, réseaux, lieu physique, …) dont nous avons besoin à l’heure actuel pour vivre ce projet d’Église et de société.
Besoin de dialogue entre nous et avec les autres sur le sens qui nous anime;
Relier deux choses : Transformer l’Église et changer la société. Les deux choses de répercutent l’une sur l’autre.
Mettre les tiers au cœur des institutions sociales et ecclésiales (cf. Jacques Grand’Maison).
Renforcer notre mission d’être des apôtres du projet social de transformation. Le consolider en se revoyant et en s’organisant.
POSTFACE
Il n’est pas coutumier dans nos réseaux de nous donner du temps pour effectuer un discernement
spirituel communautaire. Nous sommes plus habitués à discuter, à revoir les actions faites ou
encore à en planifier de nouvelles. Discerner ce qui nous est arrivé « en chemin », préciser ce qui nous a « travaillés », ce qui a été découvert de vivant et qui peut orienter notre avenir : c’est relativement neuf, surtout quand il s’agit d’un grand groupe.
Malgré la difficulté de l’opération, les participants et participantes ont grandement apprécié l’expérience et espèrent la répéter.
Certaines découvertes partagées.
Provenant de dix ateliers, des convictions communes se sont dégagées qui touchent au coeur de notre foi.
o C’est dans le rapport à l’autre que l’expérience du Dieu de l’évangile a eu lieu pour nous.
o Dans ces relations de solidarité concrète, nous sommes mutuellement transformés, car la solidarité comporte deux dimensions, l’une passive, où nous partageons ce qui est vécu par l’autre (ou les autres) et l’autre plus active où nous cherchons ensemble ce qui peut être changé.
Sans la première, la seconde devient vite gangrenée par le pouvoir plus ou moins subtil ou encore par l’esprit mercantile de la vente d’un produit, si noble soit-il. C’est ici que la désappropriation de nous-mêmes a des connivences avec celle de Jésus-Christ. Les personnes exclues nous le rappellent de mille façons. Seules les mains ouvertes peuvent recevoir.
o Soulignons ici que l’attente d’un avenir autre a été soulignée par le grand nombre. Il y a là un chemin à explorer car elle suppose non seulement le deuil de ce que nous avons connu, mais surtout l’attention créatrice aux signes de l’Esprit qui s’épèlent un peu partout dans les consciences et les événements de notre monde. Ces passages sont cohérents avec la responsabilité
des « laïcs » et diminuent fortement l’état de dépendance par rapport au clergé. Plusieurs autres
découvertes ont été mentionnées, même si elles ne sont pas partagées aussi fortement par tous. Elles demeurent autant de pistes à explorer.
Pour demain
Tout le monde souhaite répéter l’expérience vécue, certains dans leurs réseaux, d’autres dans un grand groupe. Chose certaine, il serait prudent de ne pas surcharger les gens ou les réseaux existants et, pour ce faire, de se délester de ce qui entrave notre marche. Plusieurs ont souligné la nécessité de témoigner de notre référence à l’évangile, ce qui implique une attention à la culture ambiante et une sensibilité à ce que l’autre puisse comprendre « dans sa langue » ce qui se dit.
Enfin. Peut-être faudrait-il créer des « rencontres qui parlent » au grand nombre et ne pas craindre de prendre davantage la parole publiquement. Ces intuitions partagées contiennent sans doute
des suggestions pour travailler autrement à «l’évangélisation ». Celle-ci n’est pas seulement de l’ordre de la catéchèse mais de la disponibilité à nous mettre « mutuellement au monde », dans une société qui se cherche, que nous aimons profondément et qui demeure lourde de la présence du Souffle du ressuscité.
Guy Paiement
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