Dimanche 11 décembre 2011
7
11
/12
/Déc
/2011
15:26
Europe, contre la crise, souviens-toi des moines
Contre la crise qui l’ébranle, l’Europe gagnerait à se remémorer le « prie et travaille » des moines bénédictins qui ont construit sa civilisation. Sans faire l'impasse sur la
première partie de leur enseignement : la prière, et l’alternative spirituelle au matérialisme qui la sous-tend.

© FRENCH SCHOOL COLL- THE BRIDGEMAN ART LIBRARY - GETTYIMAGES
On a beaucoup rappelé, ces derniers temps, ce que l’Europe doit à la Grèce antique, notamment en termes de réflexion sur la politique ; la plupart du temps, pour déplorer la situation
catastrophique de ce pays actuellement. On dit beaucoup moins combien l’Europe devrait être reconnaissante à l’Égypte – autre pays en crise – pour lui avoir apporté le monachisme, venu du
désert et importé sur notre continent, puis généralisé par saint Benoît.
C’est grâce au succès de la fameuse règle de saint Benoît que l’Europe a construit son unité et s’est civilisée, lentement et patiemment, au milieu de l’anarchie causée par les
invasions barbares. Au point que Cluny et Cîteaux ont compté, à leur apogée, environ mille cinq cents monastères chacune dans toute l’Europe, défrichant la terre et insufflant le sens de Dieu
par leur rayonnement, selon les deux principes de la règle bénédictine : « Ora et labora – Prie et travaille ».
Pour sortir de la crise traversée aujourd’hui par l’Europe et la France, le chef de l’État a repris à Toulon son antienne sur le travail et l’effort. Voilà pour le second
terme de cette règle d’or bénédictine – labora.
Pour le premier en revanche – ora –, nous en sommes loin, et pour cause : depuis 2005, l’Union européenne a refusé d’inscrire la reconnaissance de ses racines
chrétiennes dans le projet de Constitution. Il y a là non seulement un déni historique, mais également une erreur stratégique pour l’avenir : en fermant les yeux sur ce qui a constitué
l’un des « ressorts cachés », selon le mot d’un bénédictin, de notre civilisation, l’Europe en panne se prive d’une source d’inspiration pour demain.
Les monastères « bonifient l’environnement » dans nos sociétés où manque « une dimension spirituelle »… (Benoît XVI)
Les monastères ont une fonction très précieuse affirmait ainsi récemment Benoît XVI dans un discours à la chartreuse italienne de Serra, précisant que nous en avons «
tant besoin » à notre époque : de même qu’ils ont jadis purifié les marécages, ils servent aujourd’hui à « bonifier l’environnement » dans nos sociétés où manque
« une dimension spirituelle », polluées qu’elles sont par une « mentalité dominée par les intérêts économiques » et par l’absence du souci du prochain et du bien commun.
Ce diagnostic s’applique à la Grèce et à l’Europe, qui n’en finissent plus d’inventer des solutions techniques à ce qui constitue, au fond, un problème d’identité ; c’est aussi
vrai pour l’Égypte, prise dans les affres d’une liberté vite confisquée, dans les urnes, par les partis islamistes. Ici comme là-bas, la fondation, la résurgence et le rayonnement de
monastères apparaît comme une petite lumière bien utile au milieu de ces difficultés.
Aymeric Pourbaix